Focus sur les sites d'infos de IMG avec Hynd Gafsi

Le paysage médiatique tunisien a connu sa propre révolution depuis deux ans avec l'émergence de dizaines de journaux électroniques dont les rédacteurs ne sont pas toujours de formation journalistique. Cette tendance peut être expliquée par l'engouement des Tunisiens pour l'information suite à un certain éveil politique et un intérêt accru pour tout ce qui se passe dans le pays. 

Nous avons vu se développer de nouvelles formes de journalisme telles que le journalisme d'investigation mené par Nawaat (consultez notre revue sur le site) ou encore le journalisme citoyen qui a connu plus d'un initiative.

 
Nous avons toutefois choisi un acteur traditionnel, le Internet Management Group connu ent tant qu'éditeur du Web Manager Center, un des premiers sites d'actualité en Tunisie. Cette expérience qui perdure depuis l'année 2000 ne peut qu'être riche en défis et en enseignements, non seulement grâce à la concurrence mais aussi pour le développement accéléré et imprévisible des technologies du web. Aujourd'hui, le groupe IMG essaie d'atteindre plusieurs catégories de lecteurs en lançant de nouveaux sites plus spécifiques et en deux langues. 

Nous remercions Hynd Gafsi de nous avoir accordé le temps pour parler de son parcours diversifié et ptolongé au sein du groupe.  

 1. Hynd Gafsi, parlez-nous de vos débuts dans le monde digital et des rôles que vous assurez actuellement au sein de l’IMG.

L'IMG m'a ouvert la porte du monde digital et m'a parrainée pour commencer ma carrière professionnelle. Comme tous les débuts, le passage de la vie universitaire à la vie professionnelle fut un peu difficile ; j'ai découvert petit à petit le monde du web et ses secrets tout en travaillant dans le
cadre d'une équipe agréable où je me sentais en famille. Au fur et à mesure, j'ai essayé d'être un membre efficace de cette équipe et de donner le plus, que ce soit sur le plan créativité que sur le plan technique en restant à la page des nouveaux outils et logiciels. Actuellement, je suis le plus ancien web designer de l’équipe, j'assure également la gestion de la publicité au sein de l'IMG.

2. De par votre expérience avec des niches diverses de la toile, avant et après l’avènement des réseaux sociaux en Tunisie, pensez-vous que le web tunisien présente des particularités par rapport au web français par exemple ?

D'abord, il faut rappeler que le web français a été instauré plus précocement que le nôtre en France, et vu la meilleure accessibilité à Internet, l'usage quotidien du web est plus fortement présent dans les habitudes de la société française (selon le rapport 2013 France Digital Future in Focus du cabinet ComScore, au 31 décembre 2012, la France comptait 48 millions d’internautes, de plus en plus accros au Web). Et selon les dernières statistiques, les internautes français surfent sur le web près de 28 heures par mois, avec comme services préférés les messageries et les réseaux sociaux.

Concernant la Tunisie, l'usage du web a augmenté au fil des années, sachant que nous sommes le troisième pays africain en termes de pénétration (selon les chiffres officiels, en 2011 ce taux était de 39,1%). Après l'avènement des réseaux sociaux, on a vu une vraie explosion du nombre d'internautes tunisiens, s'exprimant en termes d'abonnements Internet, et bien sûr le nombre de sites web tunisiens a connu aussi une hausse avec une multiplication par 7 en l'espace de 8 ans, passant de 1 775 en 2004 à 12 684 en 2012.

Mais comparé au web français, l'e-commerce reste limité en Tunisie (problème d'accessibilité? Confiance ?...). On remarque aussi depuis la révolution une grande activité des Tunisiens sur la toile ; ces derniers sont “assoiffés“ de liberté d'expression après 23 ans de censure qui a visé essentiellement le web.




3. A la veille des élections de 2011, vous avez invité les internautes à discuter directement et en instantané avec des figures politiques connues, via la plateforme Politik Chat. Quels étaient les avantages et les limites de cette expérience ?

C'était une occasion unique en son genre qui a rapproché les électeurs des candidats à la Constituante. Le fait marquant de cette expérience, c’est la spontanéité, car il n'y avait pas de scénario préalable. Mais nos invités étaient tellement impliqués dans leurs campagnes électorales qu'ils n'avaient pas le temps nécessaire sinon suffisant pour répondre à toutes les questions posées ; ça durait une heure. 

Mais vu le nombre de participations au Chat et la qualité des discussions, on peut dire que cette première expérience était une réussite. Pour certains rendez-vous de Chat, les internautes s’étaient connectés au Politik Chat plusieurs heures avant l’heure prévue des discussions.
L'expérience est à refaire et à revoir probablement.


4. Plus généralement, pensez-vous que le lancement, l’animation et la modération d’un forum de discussions - sur Baya.tn, à titre d’exemple - sont des tâches faciles et/ou utiles à l’heure du Web 2.0 ?
 
Actuellement, avec l'avènement du Web 2.0, il y a eu des innovations dans le monde de la communication (blogs, réseaux sociaux...), en changeant essentiellement les moyens de dialogue et de communication (surtout les moyens audiovisuels), ce qui va faciliter la divulgation des informations, mais tout en offrant cet avantage, on peut facilement induire ou s'induire en erreur. De ce fait, les forums gardent leur utilité puisqu'ils seront un moyen sérieux d'échange d'expériences personnelles et va offrir l'occasion de discuter des sujets intéressants et avoir des réponses potentiellement utiles.

Ça n'empêche, au sein de l'IMG, on répond aux besoins de tous les internautes utilisateurs de forums ou du web 2.0, et en tant que modérateur, je vois que la gestion des deux moyens est facile, l'utilité dépendra de l'internaute pour qui on laisse le choix d'utiliser le moyen d'information qui lui convient le mieux.

5. Ailleurs, l’interaction de l’internaute tunisien avec des articles publiés sur un site web quelconque est clairement plus faible (voire nulle) qu’avec les publications partagées sur Facebook. Considérez-vous cela comme un problème à remédier ?

Je suis absolument d'accord avec vous, on observe beaucoup plus d'interaction de l'internaute avec les publications partagées sur Facebook qu'avec les articles publiés sur un site web. Certaines catégories d’internautes, notamment jeunes, ont tendance à commencer à chercher l’information sur les Facebook d’abord. Chez IMG on travaille sur la question afin d’assurer une plus grande visibilité sur les réseaux sociaux de nos différents médias.


6. Retour sur le 23 octobre 2011. Politik.tn a surpris ses visiteurs avec une carte interactive des résultats des élections. A l’ère du data-journalisme, pourquoi cette initiative n’a-t-elle pas été généralisée aux autres thèmes d’actualité traités par Webmanagercenter ou encore Al Masdar ?

Très bonne question ! Vu l'importance de l'évènement des élections, on a essayé d'être à la hauteur, et notre initiative a eu des échos très positifs. Ce genre d’infographies nécessite, comme matière première, une information riche et interactive, telles que les élections dont les résultats changent d'une minute à l'autre.

Mais il est question d’essayer de généraliser cette approche progressivement, pour d’autres événements, tout en cherchant une exploitation commune aux différents médias du groupe (webmanagercenter.com, almasdar.tn, tekiano.com, baya.com, politik.tn et directinfo.tn).


7. Internet Management Group se positionne comme un des premiers groupes d’informations en ligne en Tunisie. Quelles sont, d’après-vous, les difficultés majeures rencontrées par un journal électronique ou un journaliste ?
 
Certes la concurrence entre différents journaux électroniques est grande, mais l'internaute tunisien fait bien la sélection des plus sérieux, qui offrent les meilleurs services et surtout les informations les plus crédibles. Les difficultés sont donc plus d'ordre technique, telle que la qualité des connexions. La
gestion de l’infrastructure serveurs…

Maintenant ces journaux restent dépendants des budgets publicitaires, donc subissent, comme pour l’ensemble du marché, la situation économique du pays. Au niveau des rédactions, la pression est plus importante sur les journalistes de la presse électronique qui sont obligés de gérer une pression importante due notamment à la nécessité d’assurer du temps réel. Sans compter le fait d’être dans la
course aux scoops, des déclarations de dernière minute, etc.

8. Hynd Gafsi, seriez-vous personnellement tentée de lancer - parallèlement à votre carrière - votre propre aventure sur Internet, usant de votre expérience et réseau ?

L’idée est là, la tentation de réussir sa propre aventure sur internet est un grand défi. Actuellement je ne me sens pas prête à quitter ma grande famille de l'IMG avec laquelle je suis épanouie sur le plan professionnel et qui est en train de grandir de jour en jour, et ça me fera plaisir de participer à sa réussite, et d'être l'un de ses piliers.



Propos collectés le 3 avril 2013
par Khalil Gdoura



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